10.10.2010

Manger Bio : les grenades de Tunisie

Celles qui me connaissent bien savent que j’ai un DADA, une lubie, diraient certains…, le Bio. Et oui je tripe écolo et depuis fort longtemps avant que cela ne devienne à la mode, j’étais adepte de la marque La Vie Claire en France et mon passage au Canada a amplifié ce goût pour la nature et ce qu’on appelle plus généralement Environnement. L’organique ou le biologique, maintenant s’entourent de certifications en tous genres et le Bio se décline dans tous les registres, mode vestimentaire, habitat, cosmétique et bien sûr alimentaire.

Alors ici en Tunisie où la mode arrive également du Bio, j’ai eu envie de faire un clin d’œil en vous parlant d’un fruit qui fait partie des délices de l’enfance, sous sa forme la plus commercialisée : le sirop de grenadine. Avez-vous, comme moi, des souvenirs merveilleux de goûters arrosés de ces grenadines rouges à souhait qui faisaient rugir nos mères car ce sirop tâchait de façon insistante les serviettes, nappes et surtout nos belles robes amidonnées ?

La grenade, dont est extrait le jus pour faire le sirop, est un fruit merveilleux tant par sa beauté que par ses vertus. Comme me l’expliquait mon ami, en Tunisie, on en fait une recette délicate de dessert : une fois le fruit ouvert, on récupère les graines pulpeuses et sucrées qu’on verse dans un saladier et on les mélange avec de l’eau de fleurmanarsign.jpg d’oranger. On les fait rafraichir au frigo et on les sert dans des coupes en fin de repas. Cette recette, outre ses qualités gustatives, allie deux vertus : l’eau de fleur d’oranger est réputée pour ses propriétés calmantes et les graines de grenade sont un pansement gastrique de premier choix.Traditionnellement les grenades ont eu un intérêt que les grands-mères savaient utiliser, les qualités tinctoriales de la plante. Dans le sud tunisien, en particulier à Gabes, les femmes teignaient les peaux lainées des moutons avec le jus de l’écorce macérée. Elles vendaient ensuite ses peaux magnifiées par la couleur.

La couleur rouge extraite de ce fruit a servi dans la pharmacopée traditionnelle comme additif naturel dans les sirops. Et évidemment ce rouge a servi au succès du fameux sirop de notre enfance. On raconte qu’un médecin français, en 1870, ayant remarqué l’abus de piment dans la cuisine tunisienne se soit frotté les mains en pensant qu’il aurait beaucoup de malades à soigner, lui-même souffrant régulièrement d’aigreurs d’estomac, en ingurgitant la cuisine française. Mais voilà qu’un soir, alors qu’il mangeait chez son ami tunisien, il fit une découverte. Ce soir-là on lui servit une belle coupe de salades de fruits inconnus, petites graines baignant dans un délicieux jus à la fleur d’oranger : notre salade à la grenade. Le lendemain, l’histoire dit qu’il se réveilla pour la première fois depuis de longues années frais et dispos, sans aucune douleur gastrique. C’est là qu’il aurait compris les vertus de ce fruit merveilleux. Les conteurs tunisiens prétendent qu’il ait quitté sur le champ la Tunisie, se disant qu’il n’aurait personne à soigner. Derrière la Fable, on peut noter les qualités réelles des fruits que Mère Nature a mis sur notre route. On sait qu’Hippocrate recommandait le jus de la grenade contre la fièvre et comme fortifiant contre la maladie. De nos jours des recherches montrent que l'extrait de peau de la grenade contient de puissants antioxydants qui semblent inhiber le développement de l'athérosclérose, réduire le risque de maladie cardio-vasculaire et influer sur l'hypertension. Ne nous privons pas de consommer des grenades, surtout si elles sont bio.

med-grenadier-visoflora-5297.jpgCe fruit aux multiples vertus pousse sur le grenadier. Ce dernier se développe spécifiquement dans la zone méditerranéenne. Il serait originaire de l’Inde et il pousse depuis au moins 5000 ans en Asie occidentale et en Afrique du Nord. Les jardins suspendus de Babylone contenaient des grenadiers. Il fait partie de ces arbres ornementaux aux belles clochettes rouges, qui donnent le fruit rebondi que j’ai découvert sur les étals tunisiens. En Tunisie, 19 variétés de grenadiers y sont cultivées. Cet arbre occupe une place primordiale dans l’agriculture des zones d’oasis, mais on en trouve aussi un peu partout dans le pays. Sur la photo prise aujourd’hui, notre ami vous montre quelques fruits de la récolte bio du champ familial, situé dans la belle région de Mahdia.

Si vous vivez en Tunisie, prêtez attention à cet arbre dont la production bat son plein en ce moment. Mesdames les voyageuses, lorsque vous viendrez en Tunisie, n’hésitez pas à consommer ce fruit sur place en parcourant les marchés et les souks tunisiens.

 

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