21.03.2011
Ce qu'Allah n'a pas dit, mon compte-rendu du livre de M.Bouamoud
Il est un livre tunisien qui est passé inaperçu car sorti en fin d’année 2010 ! Notre révolution du 14 janvier a enseveli, pour un temps, cet ouvrage dans l’oubli des librairies. Mais il ne fait pas de doute que ce roman puisse ressortir dans un proche avenir ! Mohamed Bouamoud est un auteur doué et prolixe qui publie ici son quatrième roman : « Ce qu’Allah n’a pas dit ». (sud Editions-Tunis)
C’est un roman choc, une sorte de mise en garde, un roman qui ne peut laisser aucune femme indifférente. Une histoire qui nous terrifie par son inexorable route vers la destruction et la folie. Une histoire simple et dérangeante, celle d’une famille tunisienne de la Médina de Tunis sous la coupe d’un Pater Familias, aussi intransigeant qu’obscurantiste. Cet homme, Hadj Sadek Delgi, est un commerçant pieux et zélé qui, après avoir fait trois fois le pèlerinage à La Mecque, se retrouve sous le charme d’un prédicateur, le Cheikh son modèle, qui le plonge dans une sorte de paranoïa destructrice. El Hadj se sent assuré d’une mission, celle de protéger sa famille des démons de la Modernité et en particulier du contact avec les touristes.
Dans ce huis-clos familial, quatre protagonistes subissent la hargne, les ordres et le sadisme de cet homme si imbu de sa mission. Sa femme Hasna est un simple objet qu’on jette après s’en être servi : elle avait finalement enfanté, après deux premières filles, le fils désiré, le successeur. Une fois ce travail accompli, elle a été rétrogradée au rang d’une simple bonne qu’on cloître et qu’on humilie. Les deux filles subissent également les ordres de ce père suspicieux et bigot, elles sont voilées de la tête au pied comme leur mère. Alia la fille ainée est une jeune femme hyper-sensible, sujette à des crises d’épilepsies provoquées par les scènes du père qui lui ordonne de ne plus aller à l’école et la refuse à tout prétendant qui pourrait la demander en mariage, sous de faux prétextes de piété dictée par le Modèle. Sonia la cadette est une jeune fille brillante qui cherche à vivre sa vie et qui, dans un premier temps se joue de son père avec une hypocrisie maîtrisée, puis sombre dans des excès qui lui feront s’opposer à son géniteur, qui ne peut l’accepter. Et enfin Karim, l’héritier, est réduit à l’inexistence, sous le joug d’un père violent qui le pousse à la soumission d’une foi extrémiste ; lui aussi, guidé par le prédicateur de son père, sera le jouet de ce dernier…il devient un fou de Dieu…et verse le sang en faisant le « Jihad » en plein Tunis…à seulement 17 ans.
Toute la famille court à sa perte et sous la plume de Bouamoud on se sent transporté par les mots comme par les situations. La violence de ce drame familial nous secoue et nous renverse face à la destruction et à l’horreur, celle d’un père qui tue sa fille car il se sent humilié, celle d’un père qui offre son fils en pâture au Modèle, pour se sentir grandi, celle d’une femme souillée et qui tue par instinct maternel et pour sauver sa dernière fille…mais jusqu’à la fin le sort est inexorable et la mort qu’on se donne est au bout du chemin.
« Ce qu’Allah n’a pas dit », vous le saurez à la toute fin et vous sortirez de cette lecture, sonnée et étrangement mal à l’aise, car Bouamoud dans ces dernières lignes signe avec maestria la critique la plus éclairée de l’obscurantisme religieux. A méditer !
19:40 Publié dans Activités, artiste, Blog Tunisie, Education, FEMMES, Livre, Loisirs, politique, révolution | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, roman, écrivain, tunisien, famille, critique, pamphlet, violence, meurtre
16.08.2007
Histoire de femmes...elles sont libanaises
Hier je suis allée sur es Champs Elysées assister au lancement du film Caramel de Nadine Labaki.
La veille, une belle critique à la télévision, sur l'A2, avait éveillé mon attention. Je suis une grande admiratrice des femmes libanaises, d'autant qu'une de mes meilleures amies est libanaise et vit et enseigne à Beyrouth. Je la vois quant elle passe à Paris, et justement elle doit venir pour des conférences cet automne.
Cette peinture des femmes, coincées entre tradition et modernité, Orient et Occident, est une belle introduction au voyage au pays des femmes...dans la contrée de l'amitié intergénérationelle au milieu de six femmes qui se partagent l'écran. Deux sont dans la vingtaine et vivent deux moments difficiles, l'une Rima, garçon manquée attirée par les femmes, a du mal à vivre sa différence, l'autre Nisrine, jeune fiancée, n'est plus vierge dans une société où la virginité est encore essentielle et doit penser à une opération pour éviter le scandale. La troisième Layale, la jeune trentaine, est la propriétaire du salon. Malgré une beauté sensuelle et envoûtante, elle est encore célibataire et se consume pour un homme marié qui ne cherche qu'une jeune maîtresse répondant au son du Klaxon. La quatrième Jamale reprend, sans grande réussite, une carrière de comédienne à près de cinquante ans à l'issue d'un divorce. La cinquième, Rose la couturière, se sacrifie au profit de la sixième, Lili sa soeur aînée, vieille femme de plus de soixante dix qui a perdu ses esprits, à la suite d'une histoire d'amour douloureuse.
Toutes ses femmes nous font entrer dans leur intimité, leurs joies et leurs peines avec un humour et une énergie qui nous les rends attendrissantes. L'amour est le sujet principal de leur préoccupation, le mariage occupe l'esprit des plus jeunes, toutes ses femmes se croisent dans ce salon où le caramel est la méthode naturelle pour épiler femmes et hommes. Toutes ces femmes sont seules, avec leurs espoirs d'une vie à deux ou leurs souvenirs de vie perdues, mais vaillantes elles cherchent à aménager avec courage leurs vies, soutenues par l'amitié et la générosité que chacune porte envers les autres. La leçon du film est cette belle solidarité entre toutes ces femmes.
Beyrouth est l'ultime personnage féminin du film, la ville nous apparaît au travers des pérégrinations de Layale, alias Nadine Labaki la réalisatrice, se rendant dans des endroits glauques pour rejoindre son amant. La circulation automobile épouvantable m'a rappelée celle de Tunis, avec ses klaxons et ses embouteillages. Les rues ensoleillées du coeur de Beyrouth ont un charme suranné avec ses façades défraîchies et romantiques. Toute la ville nous semble si calme, loin de la vision d'horreur que nous lui connaissons depuis juillet dernier. Car ce film a été tourné avant les terribles épreuves de l'attaque israélienne et des bombardements qui ont suivi.
Ainsi nous avons le bonheur de plonger dans la vie des Beyrouthaines, dans leur désir de plaire et de paraître dans un monde en paix, dans une société qui est en train de changer et dont la cinéaste nous révèle bien des failles. Servie par une musique originale de belle facture, la comédie sentimentale ne peut laisser quiconque insensible. Je vous convie à aller découvrir ce film vibrant, cet univers authentique et si délicatement traité. Une grande cinéaste est née
et il faut espérer que le succès rencontré pour ce premier film lui permettra de nous en offrir plusieurs autres.
Née en 1974 au Liban, Nadine Labaki est diplômée en études audiovisuelles en 1997. Elle y réalise son film d'école, 11 rue pasteur,en 1997, qui obtient le prix du meilleur court-métrage à la Biennale du Cinéma arabe de l'IMA (Paris) en 1998. Elle tourne ensuite des publicités et de nombreux clips musicaux. En 2004, elle participe à la Résidence du Festival de Cannes pour l'écriture de Caramel, son premier long-métrage.
23:40 Publié dans artistes, cinéma, FEMMES, Film voyage, Loisirs, Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Labaki, France, film, Beyrouth, Cinéma, Critique










