10.10.2010

Manger Bio : les grenades de Tunisie

Celles qui me connaissent bien savent que j’ai un DADA, une lubie, diraient certains…, le Bio. Et oui je tripe écolo et depuis fort longtemps avant que cela ne devienne à la mode, j’étais adepte de la marque La Vie Claire en France et mon passage au Canada a amplifié ce goût pour la nature et ce qu’on appelle plus généralement Environnement. L’organique ou le biologique, maintenant s’entourent de certifications en tous genres et le Bio se décline dans tous les registres, mode vestimentaire, habitat, cosmétique et bien sûr alimentaire.

Alors ici en Tunisie où la mode arrive également du Bio, j’ai eu envie de faire un clin d’œil en vous parlant d’un fruit qui fait partie des délices de l’enfance, sous sa forme la plus commercialisée : le sirop de grenadine. Avez-vous, comme moi, des souvenirs merveilleux de goûters arrosés de ces grenadines rouges à souhait qui faisaient rugir nos mères car ce sirop tâchait de façon insistante les serviettes, nappes et surtout nos belles robes amidonnées ?

La grenade, dont est extrait le jus pour faire le sirop, est un fruit merveilleux tant par sa beauté que par ses vertus. Comme me l’expliquait mon ami, en Tunisie, on en fait une recette délicate de dessert : une fois le fruit ouvert, on récupère les graines pulpeuses et sucrées qu’on verse dans un saladier et on les mélange avec de l’eau de fleurmanarsign.jpg d’oranger. On les fait rafraichir au frigo et on les sert dans des coupes en fin de repas. Cette recette, outre ses qualités gustatives, allie deux vertus : l’eau de fleur d’oranger est réputée pour ses propriétés calmantes et les graines de grenade sont un pansement gastrique de premier choix.Traditionnellement les grenades ont eu un intérêt que les grands-mères savaient utiliser, les qualités tinctoriales de la plante. Dans le sud tunisien, en particulier à Gabes, les femmes teignaient les peaux lainées des moutons avec le jus de l’écorce macérée. Elles vendaient ensuite ses peaux magnifiées par la couleur.

La couleur rouge extraite de ce fruit a servi dans la pharmacopée traditionnelle comme additif naturel dans les sirops. Et évidemment ce rouge a servi au succès du fameux sirop de notre enfance. On raconte qu’un médecin français, en 1870, ayant remarqué l’abus de piment dans la cuisine tunisienne se soit frotté les mains en pensant qu’il aurait beaucoup de malades à soigner, lui-même souffrant régulièrement d’aigreurs d’estomac, en ingurgitant la cuisine française. Mais voilà qu’un soir, alors qu’il mangeait chez son ami tunisien, il fit une découverte. Ce soir-là on lui servit une belle coupe de salades de fruits inconnus, petites graines baignant dans un délicieux jus à la fleur d’oranger : notre salade à la grenade. Le lendemain, l’histoire dit qu’il se réveilla pour la première fois depuis de longues années frais et dispos, sans aucune douleur gastrique. C’est là qu’il aurait compris les vertus de ce fruit merveilleux. Les conteurs tunisiens prétendent qu’il ait quitté sur le champ la Tunisie, se disant qu’il n’aurait personne à soigner. Derrière la Fable, on peut noter les qualités réelles des fruits que Mère Nature a mis sur notre route. On sait qu’Hippocrate recommandait le jus de la grenade contre la fièvre et comme fortifiant contre la maladie. De nos jours des recherches montrent que l'extrait de peau de la grenade contient de puissants antioxydants qui semblent inhiber le développement de l'athérosclérose, réduire le risque de maladie cardio-vasculaire et influer sur l'hypertension. Ne nous privons pas de consommer des grenades, surtout si elles sont bio.

med-grenadier-visoflora-5297.jpgCe fruit aux multiples vertus pousse sur le grenadier. Ce dernier se développe spécifiquement dans la zone méditerranéenne. Il serait originaire de l’Inde et il pousse depuis au moins 5000 ans en Asie occidentale et en Afrique du Nord. Les jardins suspendus de Babylone contenaient des grenadiers. Il fait partie de ces arbres ornementaux aux belles clochettes rouges, qui donnent le fruit rebondi que j’ai découvert sur les étals tunisiens. En Tunisie, 19 variétés de grenadiers y sont cultivées. Cet arbre occupe une place primordiale dans l’agriculture des zones d’oasis, mais on en trouve aussi un peu partout dans le pays. Sur la photo prise aujourd’hui, notre ami vous montre quelques fruits de la récolte bio du champ familial, situé dans la belle région de Mahdia.

Si vous vivez en Tunisie, prêtez attention à cet arbre dont la production bat son plein en ce moment. Mesdames les voyageuses, lorsque vous viendrez en Tunisie, n’hésitez pas à consommer ce fruit sur place en parcourant les marchés et les souks tunisiens.

 

06.10.2010

Dream City, itinéraires dans la Medina de Tunis

Ne vous avais-j41789_152341831471859_2148_n.jpge pas dit hier, que les Tunisiens eux-mêmes se réappropriaient leur vieille ville. Pour la deuxième année consécutive se déroulera Dream City 2010 : Itinéraires d'Art Contemporain dans la Médina de Tunis

"Du 13 au 16 octobre 2010 se tiendra la seconde édition de Dream City
, proposition artistique pluridisciplinaire d’art en espace public dans La Médina de Tunis d’un collectif d’artistes tunisiens réunis pour émettre ensemble du sens."

L'IFC, Institut français de coopération y prend aussi largement sa part; lors de cette deuxième édition, elle y présente dans ce périple dans la vieille ville des artistes français venus grâce à l'Institut pour la circonstance, comme " la compagnie de danse Ex Nihilo (Marseille), qui aime prendre pour terrain de (ré)création l’espace public. Avec Amalgame(s) - ‘amal ‘al gam, l’œuvre d’union, en arabe - elle ira à la découverte de la médina de Tunis pour une performance in situ, originale et inédite."


A cette occasion, le blog de Dream City a été ouvert, je vous engage à aller y faire un tour: LE BLOG.

On y découvre tous les parcours et parmi ceux-ci, j'ai choisi de vous présenter MANEL wu SAOUSSEN une
Performance  de 12mn avec l'actrice Sondos Belhassen, la danseuse Malek Sebaï, Patricia Triki, l'artiste photographe et la mise en scène dee Khawla Elhadef

Le magazine Tunivisions nous révèle que "le public aura le choix entre 3 parcours urbains où il va évoluer librement pendant près de quatre heures, voyageant au cœur de la cité entre passé et modernité, découvrant des œuvres, des artistes, dialoguant avec eux, participant activement à cette fête de l'art qui fait irruption dans leur quotidien et dont ils sont à la fois les destinataires et les acteurs. Car, au delà des interventions artistiques dans l'espace public, DREAM CITY veut imaginer un "art citoyen", un travail de rêve collectif sur le territoire."

L'art tunisien se réinvente et l'art urbain, longtemps négligé est de la fête. L'espace public festif une recette pour remettre du lien social au coeur des vieilles cités. Une excellente initiative. J'ai hâte d'y aller et vous?


04.10.2010

La Medina de Tunis, un patrimoine réapproprié

"Le vent souffle à travers les murs tremblants de notre vieille Médina de Tunis et balaye sur son passage, les poussières par lesquels le présent espérait masquer le passé.
Le vent souffle et raconte toute l’histoire de ces lieux magiques. L’histoire, seule maîtresse du lieu, n’a jamais quitté son temple. Le vent souffle et fait respirer le temps, un facteur qui marque par des traces indélébiles l’espace. L’espace, finalement, scène éternelle des caprices du temps."

Auteur : Leïla CHAMMEN dans La Presse d'aujourd'hui 4 octobre 2010

 

IMG_3230.JPGLe très beau texte de Leila Chammem vient ce jour attirer mon attention car il s'adresse aux jeunes tunisiens, en cette année internationale de la jeunesse, et met à l'honneur ce patrimoine, si longtemps négligé par les Tunisiens et qui désormais reprend vie grâce à l'intervention pionnière et passionnée de quelques citoyens regroupés au sein de l'Association de sauvegarde de la Medina de Tunis, dès 1967. Ainsi la Medina, coeur historique de la ville a été inscrite depuis 1979 au patrimoine mondial de l'Unesco.

En cliquant sur la photo de cette belle porte photographiée en 2008, vous découvrirez le travail de l'association et sa stratégie durable:

"La sauvegarde de ce noyau historique imprégné de culture, chargé d’histoire, mémoire collective de toute une population, et son intégration dans un monde dit « moderne », mécanisé et en pleine mutation technologique, n’est pas une tâche aisée.
Comment éviter la momification ou la marginalisation de patrimoine ?"

 

La question est bien posée car les deux risques majeurs pour les vieilles villes historiques sont effectivement là: soit une ville restaurée et ne comptenant plus de vie, car ils ne reste plus d'habitant et seulement des musées et des lieux de tourisme...alors telle une momie, la ville se meurt...se décompose; soit la ville est laissée à l'abandon, elle devient décadente et seules les populations marginalisées y vivent, en ayant pour conséquence un délabrement humain et patrimonial.

Aussi l'Association a pris une stratégie appelée en Amérique "sustainable development", une stratégie durable qu'ils expriment ainsi:


"Sachant que d’une part, le développement d’un tourisme sauvage non planifié pourrait avoir des conséquences néfastes sur le site et que, d’autre part, les villes historiques abritent souvent des populations à revenus faibles, incapables de supporter les coûts d’entretien et de conservation. Le plaidoyer développé est donc la mise en oeuvre d’une stratégie de sauvegarde durable alliant deux approches de visées différentes, la culture et le social, et les projets réalisés depuis ont traduit cette volonté de vouloir mener parallèlement la sauvegarde de ce patrimoine en tant que patrimoine monumental et de valeur culturelle, et la sauvegarde de ce patrimoine en tant que patrimoine immobilier et social (15.000 logements) remplissant un rôle important aux niveaux social et économique."Dar el Behi.jpg

Mais la Medina c'est aussi du patrimoine privé rénové et valorisé comme le magnifique Dar El Behi, en fermant les yeux on se trouve transportées, Mesdames au temps du Bey de Tunis. On est sous le charme des ors et des stucs, des parfums et de l'esprit du lieu. Je me souviens de soirées ramadanesques frisant les mille et une nuits dans ce lieu de charme.

Ce qu'il est tout à fait remarquable c'est la réappropriation de cette Medina par les Tunisiens et de signaler comme le fit le nouveau magazine en ligne 100% Tunisien,TUNIVISIONS, Manifestation saveurs et médina, 1ère édition: Le premier parcours culturel de fin de Ramadan

On doit le mot de la fin à Leila Chammam à lasquelle il faut reconnaitre on doit de mettre en exergue un décret de 1920 qui a permis de sauver la Medina des assauts des démolisseurs modernistes en gelant par ce décret le champ d'action de ces derniers.

Alors Mesdames si vous ne vous êtes jamais promenées dans la Medina de Tunis, je vous y invite car désormais, elle s'est faite belle pour vous!

"on se rend finalement compte de l’œuvre entreprise depuis longtemps pour maintenir ce temple intact. Le choix de figer ce paysage, défiant l’histoire et les rides du temps, explique la note sacrée qui enveloppe ces lieux, et le respect qui s’impose devant ces monuments, fatigués, peut-être, mais toujours debout et fiers d'exposer le pouvoir que peut avoir l’homme sur le temps. Ne seraient-ils pas le trophée et l'expression de cette victoire?" Leila Chammem

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13.04.2008

GAFSA, la CAPSA romaine

Laissez-moi vous conter une ville romaine méconnue Capsa, fondée au 2ème siècle avant JC. On la nomme de nos jours Gafsa.
Elle était l'une des plus importantes villes des provinces d'Afrique proconsulaire. De Municipe à colonie, cette ville prospère fut détruite à la suite de la guerre entre Jugurtha, prince berbère numide contre l'autorité de Rome. C'est Marius occupant Capsa qui, comme le raconte l'historien Salluste, la détruit: elle " fut livrée aux flammes. Les Numides adultes furent massacrés ; tous les autres vendus comme esclaves... " Cet acte barbare et contre toutes les règles de guerre du monde romain, se déroula à la fin de l'été 107 avt JC.
e8c5a98d5fd33c6875b08da8ddac9e3d.jpgSi vous voulez tout savoir sur Jugurtha et sa guerre contre Rome, je vous conseille d'aller lire le site Le Monde Berbère.
Jugurtha fut livré par son beau-père Bocchus roi de Maurétanie et mourrut étranglée à Rome après les pires des humiliations. En temps de guerre, les vaincus n'ont pas le retour juste de leurs mérites...le Triomphe est toujours réservé aux Vainqueurs, quel qu'aient pu être leurs méthodes pour vaincre.

Cette ville est une ville de résistance car après avoir été conquise par les byzantins et rebaptisée Justinia elle se révolte contre le général Oqba Ibn Nafi Al Fihri, qui prend la ville en 688 et tente de convaincre les Berbères à l'Islam. Au XIIe siècle des témoignages font état d'une langue latine encore en court à Gafsa (traduction arabe de Gafsa). Mais les malheurs de cette ville ne s'arrêtent pas là puisquen 1551, la ville est assiégée par un crsaire nommé Dragut pour le compte de Khayr ad-Din Barberousse. Gafsa résiste mais est obligée de capituler en 1556 après un siège de cinq ans.

Pendant la seconde guerre mondiale, la ville est le théâtre d'une bataille célèbre El Guettar, opposant la 10e division de panzers et les forces alliées. Une partie de la Kasba est détruite suite aux bombarfements incessants en 1943. Le général Rommel y avait installé son dépôt de munitions. elle ne conserve que ses murailles. Elle avait été érigée en 1434.

Les touristes d'aujoud'hui peuvent y découvrir très peu de vestiges romains en dehors des piscines romaines:
deux bassins entourés de murailles en pierre de taille, à l'eau très claire. Un petit musée contient quelques mosaïques.

Musée d'histoire
On y conserve de belles mosaïques de la Capsa antique: pugilat, athlètes, Vénus à la pêche. Par ailleurs, la visite des ateliers du Centre artisanal du tapis de Dar el Bey est intéressante. Le centre forme en deux ans de jeunes ouvrières. Elles réalisent des tapis de style berbère et des couvertures tissées " Haoulis " et " Ferrachia ", mais aussi des réalisations sur des cartons de l'école Flamande.

En parlant de Tapis, parlons des Artisanes de Gafsa, célébrées l'an dernier à la Maison de la culture Ibn Rachiq3e0802187d28912195c1c00591893806.gif

"Gafsa, une terre authentique qui continue, depuis des siècles, à nourrir l’imagination des poètes, des écrivains, des peintres, des artisans... et à enflammer l’esprit des historiens et des archéologues. Ancrée dans l’histoire, Gafsa dont l’ancien nom est Capsa-Est l’une des grandes références de la culture de l’épipaléolitique qui s’est développée en Afrique du Nord entre le 8ème et le 10ème millénaire. Les amas de coquilles d’escargots qui ont été trouvés pas loin de cette ville témoignent de la splendeur de cette civilisation qui a marqué l’histoire de l’humanité depuis la nuit des temps. Entre un passé glorieux et un présent rayonnant, les habitants de Gafsa ont dessiné les contours de l’histoire sur de jolis supports de l’artisanat. Réputée pour ses tissages traditionnels comme le «klim», le «mergoum» et le «holi»"

Vue satellitaire de Gafsa 

Site d'une artisane de Gafsa qui produit des Tapis: Essouï Fajra

 

si je parle de gens  célèbres de Gafsa, le père de mon amie, Nadia Gammoudi, Mohammed Gammoudi , (premier Tunisien à décrocher une médaille d'or aux Jeux Olympiques d'été de 1968 en parcourant 10 000 mètres en 28 minutes.

Et pour terminer une note poétique et une belle rencontre, celle de MONAS qui m'a le premier parlé de Capsa:

 

Gafsa, LA PRÊTE-NOM
 
 
Gafsa !
N'a plus vingt ans
Depuis longtemps
Depuis les temps
De ses mille ans
N'a plus cent ans
Depuis le temps
Où faute de bâtons
Moururent les bergers
Naquirent des agents
Avec des matraques.
 
Gafsa !
N'a plus le temps
D'avoir le temps
Du beau temps
Des années de naguère
Où mille partenaires
Bâtirent ses tours
Tachées d'amour
De haine et du sang
Des anciens amants.
 
Gafsa !
Perd son temps
Ses sirènes chantant
L'ultime chanson
Faute de marins
Partis sur les chemins
Des pays fantômes
Des villes sans hommes
Où ils seront rois
Le temps d'un instant
Du souvenir vivant
Des mines profondes
Des heurts et d'attente
La mort de leur foi.
 
Gafsa !
Retient le temps
Respire le temps
De son âme blasée
De trop de sommeil
De sa "Hara"jugée
Juste un peu vieille
Peut-être trop vieille
Pour bâtir la joie
Des murs en béton
Des prisons dorées
Des nouveaux conquérants
 
Gafsa
Meurt le temps
De voir sa piscine mourir
En l'absence de corps
D'enfants et de sourires
De sauts sans records
Faute de palmiers
Brûlés au goudron
Comme des sorcières !
Et le gris s'inscrit
Formant la souricière
Trop sophistiquée
Pour ses princes charmants
Pour ses bien-aimées
Pour porter le même nom

 

26.02.2008

Les Églises de Tunisie

« L’ancienne église de Notre Dame de la Garde abrite depuis 2003 le Musée de Zarzis. Elle fut construite vers 1920 par deux prêtres missionnaires : les Pères Deshay et Deschanels. On y distingue nettement la nef centrale flanquée des bas-côtés, le transept avec ses deux bras qui s’étirent de part et d’autre du chœur donnant à la basilique la forme d’une croix. Destiné aux paroissiens de la ville de Zarzis, cet édifice religieux a été fermé en 1954, après le départ du dernier prêtre connu, Père Immhof. L’église a été restaurée et aménagée en Musée après avoir abrité le Comité culturel. » source Saisons tunisiennes


En lisant ces mots sur le site de mon ami Raja Skandrani, Saisons Tunisiennes, je me suis posée la question des vestiges catholiques de Tunisie. J’avais parlé du sort des cloches de l’Église de Mégrine qui avaient été récupérées par un amoureux avisé du patrimoine tunisien, de cette identité plurielle aux accents multi-confessionnels. Ces cloches ont une importance plus intime, depuis que j’ai appris que j’avais reçu le baptême dans cette même église. Je ne veux pas dire que c’est pour leur valeur religieuse qu’elles m’importent, mais qu’elles sont un fragment de mon existence et de celles des habitants de ce quartier, du temps où se côtoyait une mixité culturelle dans une petite ville comme Mégrine.

c586aaa0705f1ed8642d770fd72f0b67.jpgPlus grandiose qu’une simple église, l’ex-cathédrale catholique de Saint-Louis est un édifice de style éclectique « néo-roman-mauresque » construit en 1890 sur le lieu même où le roi français saint Louis mourut à la huitième et ultime croisade (1270). Situé sur la Colline de Byrsa, à Carthage, elle laisse son empreinte sur le paysage.

9ecbf33ceb5c445b75ff39d6efae9207.jpgÀ Tunis, la Cathédrale Saint-Vincent-de-Paul a été bâtie dans un style éclectique de forme néo-byzantine, en 1897 sur l’emplacement de l’ancien cimetière chrétien de Saint-Antoine. (source wikipedia)

L’enseignante chercheure Chiraz Mosbah, de l’Université de Sousse nous explique :
« Oscillant entre continuité avec un héritage ancien et rupture, entre tradition et modernité, la production constructive en Tunisie de l’époque coloniale témoigne d’un grand renouvellement artistique et de la présence d’influences croisées. En effet, les projets constructifs du Protectorat se partagent une architecture qui s’inspire d’un répertoire occidental (particulièrement français et italien) et une architecture qui fait référence à la tradition locale. Certaines réalisations permettent ainsi d’instituer un prolongement de l’art indigène en se réappropriant ses différents éléments, alors que d’autres reflètent des répliques classiques ou modernes qui reproduisent un nouveau langage affichant une grande adhésion aux différentes formes de l’art occidental.

Cette production constructive, fruit d’une confrontation d’anciens et de nouveaux modèles architecturaux et décoratifs, suit plusieurs courants -tantôt dissociés, tantôt combinés- que nous pouvons regrouper en 5 tendances artistiques selon différentes périodes : le style éclectique (1881-1900), qui se ramifie par la suite en style art nouveau (1900-1920) et art déco (1925-1940) inaugurant les temps de la modernisation sur le territoire de la Régence tunisienne. Parallèlement et dans le même esprit, le style néo-mauresque (1900-1930) et enfin le style moderniste (1943-1947). »

La paroisse de Mégrine date de 1931, il existait 80 paroisses en Tunisie au moment de l’Indépendance en 1956, les Catholiques formaient une communauté d’environ 280 000 personnes en 1949, ils sont dix fois moins nombreux de nos jours, d’après le Diocèse de Tunis.

8232be2755c21cf723152857fcf9bd42.jpgPrès de mon hôtel sur la rue de Palestine, ancienne rue Courbet, se trouve l’Eglise Jeanne D’Arc qui est restée propriété du Vatican comme la Cathédrale de Tunis après les accords de 1964, suite à la Nationalisation. Les autres biens conservés sont une église à La Goulette, un presbytère à Hammam-Lif, de même à Grombalia avec l’Eglise et la Salle paroissiale, l’Eglise Saint Félix de Sousse et le Presbytère de Djerba.


Ont été cédées immédiatement à Tunis, l’Eglise Notre Dame du Bon Conseil et sa salle
c7807bb4898e86bd8db88a731172fe15.jpgparoissiale de la Rue Courbe, l’Eglise Notre Dame du Rosaire de la rue de l’École, l’Eglise Sacré Cœur son Presbytère et sa salle paroissiale de la rue des Protestants, la chapelle de Bab Saadoun, enfin l’Eglise, le Presbytère et la Salle paroissiale de la rue Jammâa Zitouna (ancienne rue de l’Église). Il faut savoir que cette dernière est la première église de Tunis, dédiée à la Sainte-Croix, édifiée en 1662 est aujourd'hui transformée en arrondissement municipal, si mes renseignements sont bons. (source , Tunis raconte ses rues durant le Festival de la Medina)


J’ai pourtant eu l’information qu’en 2000-2002 avait été prévue la restauration dans la Médina de l’église Sainte-Croix et son couvent et leur reconversion en
Centre méditerranéen des arts appliqués.

« Le projet de reconversion de l’ensemble architectural de l’église sainte croix en un Centre Méditerranéen des Arts Appliqués vise la création d’un noyau culturel susceptible de renforcer les liens entre les peuples du bassin méditerranéen, ce qui permettra de contribuer à la promotion d’un tourisme culturel de haute facture qui constitue l’une des composantes économiques du pays.

En effet, l’intérêt pour la culture et le tourisme culturel dans la Médina s’est accru ces dernières années. La Médina redevient, peu à peu, le centre le plus recherché dans l’agglomération tunisoise, pour les activités culturelles d’envergure qui s’y développent.

Le projet «Centre Méditerranéen des Arts Appliqués» cadre donc bien avec les objectifs de développement culturel de la ville de Tunis et les objectifs patrimoniaux de sauvegarde et de mise en valeur des monuments représentatifs de la mémoire de la cité historique.

La proposition de réaffectation de l’Eglise Ste-croix, actuellement siège de l’arrondissement municipal de la Médina, ainsi que le presbytère y attenant en un Centre Méditerranéen des Arts Appliqués est de nature à renforcer le principe et les valeurs de tolérance qui ont caractérisé l’histoire de la Médina et d’affirmer l’identité méditerranéenne de la ville de Tunis. »

Je ne crois pas que cet ensemble ait été réalisé. Je vais m'en informer à mon prochain passage à la Médina.


Les projets de restauration de la Médina

14.08.2007

retour à la chronologie de l'histoire tunisienne

LES ORIGINES


IVe millénaire avant J.-C. : civilisation néolithique, peuplement berbère.


c55079db9600a597679f8dd07b64c66b.jpgLa période Carthaginoise
814 avant J.-C. :
arrivée des Phéniciens et fondation de Carthage par Elyssa venue de Tyr. Carthage (la ville nouvelle) se développe et devient vite la concurrente de Rome.


264-241 avant J.-C. : première guerre punique. Les Carthaginois évacuent la Sicile.
218-202 avant J.-C. : deuxième guerre punique sous la conduite d’Hannibal.
149-146 avant J.-C. : troisième guerre punique. Carthage est détruite par Rome (Scipion l’Africain).


7b5181ceb62cddeab25daeb45dde585e.gif122 avant J.-C. : Rome, DOMINATRICE, développe à son profit l’agriculture, mais au fil du temps, la révolte se f«ait jour ; la religion chrétienne propagée par Saint Augustin supplante les divinités traditionnelles de Baal et de Tanit.

 
429 : prise de Carthage par les Vandales, conduits par Genséric.


534 : la ville tombe aux mains des Byzantins (règne de Justinien).


Depuis la Conquête Arabe

 647 : début de la conquête arabe. ‘Uqba ibn Nafi propage l’islam, construit Kairouan (670), qui devient la capitale de la région. La Tunisie est alors l’Ifriqiya, une province de l’immense empire omeyyade dont la capitale est Damas (Empire omeyyade, 650-750).

698 : prise de Carthage par les Arabes. Fondation de Tunis.
800-909 : dynastie des Aghlabides, qui se détache du pouvoir central du califat de Bagdad.
909-972 : état indépendant des Fatimides. Conduits par El Moez, ils envahissent l’Egypte.
973 : les Zirides, dynastie berbère, sont établis en Ifriqiya par les Fatimides.
1048 : les Zirides se convertissent au sunnisme et rejettent la tutelle fatimide.
1060 : saccage de la Tunisie par les Beni Hilal.
1159-1230 : les Almohades conquièrent la Tunisie.
1236 : début du règne des Hafsides. Tunis devient la capitale.
1534 : le corsaire turc Barberousse investit Tunis ; Charles Quint, roi d’Espagne, reprend la ville et restaure le sultan hafside dans ses droits.
1574 : les Turcs mettent fin à la tutelle espagnole. Tunis devient une province ottomane.
1640 : Mourad Bey fonde la première dynastie des beys, d’origine turque : les Mouradites.


1710-1957 : deuxième dynastie beylicale : les Husseinites. Cette dynastie va régner jusqu’à la proclamation de la République, le 25 juillet 1957.

Le Protectorat Français
1881 :
la France, qui gouverne l’Algérie, envahit la Tunisie et lui impose son protectorat par le traité du Bardo 
1920 : création du Destour, parti libéral constitutionnel.
Mars 1934 : Habib Bourguiba, à 31 ans, crée, à l’issue d’un congrès extraordinaire, le néo-Destour.
20 mars 1956 : la France reconnaît l’indépendance totale de la Tunisie.

Depuis l’Indépendance

25 juillet 1957 : proclamation de la République. Habib Bourguiba est président.
7 novembre 1987 : Zine el-Abidine Ben Ali devient le deuxième président de la République tunisienne.
Avril 2000 : décès de l’ancien président de Tunisie, Habib Bourguiba, à Monastir.
20 mars 2006 : 50e anniversaire de l’indépendance de la Tunisie.

13.07.2007

Le Monde Féminin

Il est très peu discutable de souligner combien les Historiens, en majorité des hommes, se désintéressent fortement du Monde Féminin. Je dois même dire qu'à ma connaissance il n'existe pas une "Histoire du ou des mondes féminins". Il existe une Histoire des Femmes, soit une forme engagée de l'histoire consacrée à l'étude des femmes en tant que groupe social. la vision historique traditionnelle met en valeur les héros et très peu les héroïnes, ou seulement quand elles ont un sort funeste. Dans les années 60, avec le féminisme, des historiennes se sont penché sur l'étude des Femmes occidentales. Je me souviens qu'au tout début des années 80, j'ai entamé une maîtrise d'histoire sur la criminalité des femmes à Lyon au moment de la Révolution Française. Cette maîtrise inachevée, ou ce qu'il en restait, s'est volatilisée, comme tous mes souvenirs papiers, dans mon déménagement volé, en fin d'année dernière au Québec.

9c1c5efc880606f18e4d1a65c488f885.jpgSi on s'intéresse aux relations entre l'Histoire, en tant que discipline dite scientifique, et le monde féminin, je vous engage à lire le livre Les Femmes ou les Silences de l'Histoire de l’historienne Michelle Perrot, elle qui a co-écrit avec l’historien Georges Duby, l’Histoire des Femmes en Occident

Aussi dans ce blog,  je tiens à souligner le travail de fourmis de femmes tunisiennes, professeures et auteures de thèses ou d’ouvrages sur les femmes en Tunisie. Ces travaux sont très souvent ignorés du Grand Public et encore plus en dehors du pays et c’est dommage. Ces deux derniers jours, j’ai lu un article publié dans le magazine Réalités on line qui faisait état d’une interview entre la journaliste Noura Borsali et Mme Leila Billi Temine, Maître de Conférence en histoire à l’université de la Manouba. Cette dernière émet l’hypothèse que« dans le Monde musulman, les femmes constituent le sacré et l’inviolable. C’est ce qui explique qu’il y a très peu de sources qui parlent des femmes  et très peu d’historiens pour s’y intéresser ».

Cet entretien porte sur « La Dynastie Husseinite et ses femmes ». Cette Tunisie Husseinite couvre la période 1705-1957.

Après les vacances j'aurais l'occasion de reparler de l'histoire méconnue de la Tunisie.

En attendant je vous engage à lire l'article  sur Réalités on Line 

 

02.02.2007

Pèlerinages et tourisme religieux en Tunisie

Lorsque j’étais en Tunisie, j’ai pris conscience de la force des lieux saints pour la piété populaire et pour leurs valeurs identitaires.
Ainsi les circuits de tourisme religieux existent en Tunisie, notamment pour les Juifs qui font le pèlerinage à Djerba. En effet le Haut Lieu du culte judaïque se trouve dans cette île de Djerba. Après la destruction du temple de Jérusalem en 586 avt JC, une diaspora se fixe sur l’île-jardin et cette communauté juive y bâti une synagogue, appelée la Ghriba. Il semblerait que cette installation se soit faite à l’époque de la création de Carthage. Toutefois de nombreuses vagues de peuplement se multiplient au travers des déportations et différents exodes. Le plus important a lieu en 1492 avec l’arrivée des communautés juives espagnoles et les arrivées se poursuivent au XVII et XVIIIe siècles en provenance d’Italie, d’Espagne et du Portugal.

La Ghriba (la Merveilleuse) est la plus vieille synagogue du monde même si l’édifice actuel est une reconstruction faite sur une pierre du temple de Jérusalem apportée avec piété par les membres de la communauté en fuite. Des 110 000 juifs que comptaient la Tunisie en 1948, il en reste 3500 environ dont le plus grand nombre vit à Djerba principalement dans deux villages, Hara Kbira et Hara Seghira. Le reste de la communauté s’est installée en Israël et surtout en France. Il est à noter que les Juifs Djerbiens ont conservé la liturgie originelle sans grande modification.

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